Le projet européen C5 (Carbon Conversion Cycles: From Cultivation to Construction) explore comment des cultures et résidus agricoles peuvent être transformés en fibres, matériaux biosourcés et biochar. Il développe des chaînes de valeur circulaires reliant territoires ruraux et urbains, avec l'ambition de réduire l'empreinte environnementale du secteur de la construction.
À Rennes, UniLaSalle pilote notamment un démonstrateur de phytoremédiation sur d'anciens sols miniers à Pont-Péan.
Avec le soutien de l'Union européenne

- Porteur du projet : Universität Kassel
- Partenaires: University of Kassel (DE), blended learning institutions cooperative (DE), BAFA Hempfoods GmbH (DE), Artevelde University of Applied Sciences (BE), Unilasalle, Irish Bioenergy Association (Ir), Lean Green Management Solutions (Ir), Municipality Enschede (Pays Bas), Planete Chanvre (fr), ValBiom (BE)
- Durée du projet : 36 mois (2026-2029)
- Budget global du projet : 4M€
- Budget pour UniLaSalle Rennes : 340 k€
Introduction et contexte du projet
Les zones rurales du nord-ouest de l'Europe font face à des défis majeurs liés à un manque d’opportunités économiques à cause de la production agricole décroissante, et à la dégradation environnementale. Les zones urbaines sont confrontées à l'empreinte carbone considérable du secteur de la construction, responsable de 5-12 % des émissions totales de gaz à effets de serre (GES).
Le projet C5 répond à ces enjeux en exploitant les potentiels d'économie circulaire dans des zones rurales et urbaines : les premières fournissent des matières agricoles au secteur de construction sous forme de matériaux biosourcés.
C5 crée des synergies entre la production agricole et des applications dans le secteur de la construction, et intégrant les économies rurales et urbaines pour créer de nouvelles chaînes de valeur qui augmentent les revenus et réduisent les impacts environnementaux.
Selon la qualité des matières ils sont transformés :
- en fibres de haute qualité pour les composants structurels,
- en matériaux d'isolation et en matériaux isolants,
- ou en biochar destiné pour la construction et des substrats adsorbants.
C5 gère également la phytoremédiation des sols afin de revaloriser les sols dégradés dans des zones rurales et périurbaines des régions du projet, sur les enjeux suivants :
- Contamination par les PFAS (Allemagne/Belgique)
- Pollution par les pesticides et nitrates (Pays-Bas, Belgique, Irlande)
- Contamination par les métaux lourds (France)
Objectif de recherche et démonstration - Bretagne, France
Peut-on restaurer un sol pollué tout en valorisant la biomasse produite ?
Un projet local pour répondre à un héritage du passé
La commune de Pont-Péan est connue pour son passé minier. Si cette activité a contribué à l'histoire et au développement du territoire, elle a également laissé certaines traces dans l'environnement. Sur certains terrains, la présence de métaux dans les sols limite aujourd'hui certains usages agricoles et soulève des questions sur leur réhabilitation.
Face à ce défi, la commune de Pont-Péan et UniLaSalle mènent un projet innovant visant à tester une solution naturelle : la phytoremédiation par les plantes à fibres (miscanthe, chanvre).
Qu'est-ce que la phyoremédiation ?
La phytoremédiation consiste à utiliser des plantes pour contribuer à restaurer des sols dégradés ou contaminés. Certaines espèces sont capables d'absorber, de stabiliser ou de limiter la mobilité de certains polluants présents dans le sol.
Le chanvre industriel est particulièrement intéressant pour cette approche. Cette plante pousse rapidement, produit une importante quantité de biomasse et s'adapte à différents types de sols. Elle pourrait ainsi participer à la restauration environnementale tout en créant de nouvelles opportunités économiques autour de sa culture.
Pourquoi le chanvre ?
Le chanvre est déjà utilisé dans de nombreux domaines :
- Isolation et matériaux de construction
- Textiles et fibres techniques
- Matériaux biosourcés et économie circulaire
- Stockage de carbone et transition écologique
Cette plante pourrait également aider les chercheurs à mieux comprendre le comportement des polluants présents dans certains sols.
Des essais en conditions réelles à Pont-Péan
Des parcelles expérimentales ont été mises en place à Pont-Péan afin d'observer le comportement du chanvre sur des sols présentant différents niveaux de contamination. L’expérimentation vise à étudier :
- La croissance des plantes sur un terrain pollué;
- La présence de métaux dans les différentes parties du chanvre ;
- L'évolution de la qualité des sols au cours du temps.
Ces travaux permettront de mieux comprendre le potentiel réel du chanvre dans la restauration des terrains concernés.
Et après la récolte ?
Cultiver une plante sur un sol contaminé ne suffit pas : il faut également maîtriser le devenir de la biomasse récoltée.
Les chercheurs analyseront donc séparément les différentes parties des plantes afin de déterminer où se concentrent les métaux.
Si certaines fractions, notamment les fibres, présentent des concentrations compatibles avec des usages sûrs, leur valorisation dans des matériaux biosourcés pourra être étudiée.
Pour les fractions plus contaminées, d'autres voies seront évaluées, notamment la transformation thermochimique en biochar. Les biochars obtenus seront à leur tour caractérisés afin d'évaluer la concentration, la mobilité et le risque de relargage des métaux.
Une expérimentation pour préparer l'avenir
La phytoremédiation n'est pas une solution miracle : le démonstrateur doit précisément déterminer dans quelles conditions elle peut contribuer à la gestion de sols contaminés et quelles limites doivent être prises en compte.
Les résultats obtenus pourront servir d'exemple pour d'autres territoires confrontés à des problématiques similaires en Bretagne et ailleurs en France. Grâce à cette démarche, Pont-Péan devient un véritable laboratoire à ciel ouvert pour imaginer les solutions environnementales de demain
Un projet au service du territoire
Au-delà de la recherche scientifique, le projet vise à rassembler les acteurs locaux : commune, habitants, agriculteurs, associations, entreprises et chercheurs.
L'objectif est d'explorer de nouvelles perspectives pour des terrains aujourd'hui peu valorisés, tout en contribuant à la transition écologique et au développement d'une économie circulaire locale.
Les prochaines étapes du démonstrateur
Été 2026 : Croissance et suivi des parcelles expérimentales implantées sur les anciens terrains miniers.
Observation du développement des plants et de leur adaptation aux sols locaux.
Mi-septembre 2026 : récolte du chanvre
- Récolte des plantes arrivées à maturité.
- Préparation des échantillons à analyser aux laboratoires
Automne – hiver 2026 : analyses en laboratoire
- Prélèvements de sols sans et avec culture.
- Séparation des différentes parties de la plante :
- Racines,
- Tiges,
- Feuilles,
- Graines (si présentes).
- Interprétation des résultats.
Plusieurs questions essentielles resteront à répondre :
- Le chanvre absorbe-t-il les polluants présents dans les sols ?
- Où se concentrent-ils dans la plante ?
- Certaines parties de la plante restent-elles peu ou pas contaminées ?
Si les analyses montrent que les fibres contiennent peu de polluants, leur utilisation dans certaines applications, notamment dans le secteur de la construction, pourrait être envisagée. Dans le cas contraire, d'autres voies de valorisation adaptées seront étudiées afin de garantir la protection de l'environnement et la sécurité des utilisateurs.
Hiver 2026 - 2027 : Des cultures de couverture vont garantir une préparation des parcelles pour la nouvelle saison. Pour ces fins, il a été choisi de semer du méteil seigle et vesce, de la moutarde blanche.
Avril - mai 2027 : préparation des parcelles pour la suite d’expérimentations
L’expérimentation va continuer avec du chanvre, du sorgo et du miscanthus.

Les questions auxquelles le projet doit répondre
- Le chanvre absorbe-t-il les polluants présents dans le sol ?
- Les polluants se retrouvent-ils dans toute la plante ou seulement dans certaines parties ?
- Les fibres de chanvre peuvent-elles être valorisées en toute sécurité ?
Les réponses à ces questions permettront d'orienter les futures utilisations de la biomasse produite.
Le saviez-vous ?
- Le chanvre peut produire une biomasse importante en quelques mois.
- Les métaux ne se répartissent pas nécessairement de la même manière entre racines, tiges, feuilles et graines.
- Cette répartition est déterminante pour savoir si certaines fractions de la plante peuvent être valorisées.